Degrés

Degrés de latitude nord inversement proportionnels aux degrés Celsius. Depuis cette nuit, couverture pour dormir, petite soie sur les épaules, nous arrivons à 25° de latitude nord. La mer s’est ordonnée, permettant l’arrêt des plats sur la coque et amenant du repos. Le vent a molli, et toutes voiles dehors depuis ce matin, nous poursuivons à 50° du vent notre route nord. Anticyclone et dépression sembleraient se présenter comme nous le souhaitions pour mettre cap sur Madère. Plus sud que les Açores, nous y espérons une température plus adaptée à nos corps tropicalisés. 1100 milles en ligne directe, avec les taxes à payer à Éole, cela fera environ 1300 milles. Alors nous apprécierons si tout ce que nous a venté notre ami Éric, de Madère, sera à la hauteur des rêves qu’il nous a inoculé à Jacaré.
En attendant, Yves s’active sur la pêche, moi sur les graines germées car côté frais, la cambuse est maintenant vite parcourue. Les derniers fruits de la passion vont passer à l’extracteur de jus. Une partie pour le juorum, l’autre avec les dernières carottes, minuscules betteraves, citron et gingembre.
La mer est belle, la navigation est belle, merci la vie.

10ème jour de mer

Une toute petite moyenne pour ces 10 jours, à peine plus de 100 milles par jour avec une journée à 40 milles. Le pot au noir n’est plus notre préoccupation, nous l’avons passé avec une seule heure de moteur, histoire de le faire tourner en nous faisant de l’air. Les alizés nous font avancer, sans plus trop de grains. La pleine lune est passée et nous profitons du ciel étoilé des débuts de nuits qui nous montre l’étoile polaire. Nos observations fébriles de la météo vont maintenant aux mouvements de
l’anticyclone des Açores et des dépressions dans son nord. Les bateaux des Antilles scrutent aussi les mêmes cartes pour se lancer à leur tour vers les Açores. L’Atlantique nord va se remplir.

Les tiroirs à fruits et légumes se vident. Adieu avocats, ananas, et mangues mangés à profusion. Le chou va bientôt faire sa sortie. Voilà notre quotidien devenu un peu monotone à cette allure penchée et parfois humide quand une vague balaie le pont. Encore une petite semaine à ce rythme là si tout va bien.

13 mai 10°34N 33°38W

Passage

Esprits du vent, esprits de la mer, esprit de l’univers, nous voyons que vous avez apprécié nos libations à leur juste valeur. Deux ananas fraîchements pressés à l’extracteur manuel, une coco rapée avec le nouvel outil du Brésil au top, et du bon rhum nous mirent en conditions pour avoir la force de quitter ce sud où notre embarcation baigne depuis des années. Que de fruits nous aurons mangé, découvert et apprécié. Que d’épreuves auront nous eues à franchir, de tous ordres, sauf du bateau qui fut en tout point toujours en haut de sa forme (merci Yves et l’entretien assidu de Thala couronné de succès). Nous laissons dans les eaux du sud nos derniers wagons à décharger, une nouvelle vie s’annonce surement.

Afin de nous sustenter suite à une ingestion conséquente du breuvage suscité : Avocats, galettes de sarrasin aux légumes frais, nourriture empreinte de symbole grâce à la forme en coque de bateau du demi avocat et à la rondeur astrale des galettes. Rien n’est négligé et surtout pas nos corps revêtus pour l’occasion de colliers, couleurs et tissus tous empreints de souvenirs délicieux. Pour les coiffures, éole s’en chargeait scrupuleusement, renouvelant incessamment l’ordonnance des masses respectives.

14 heures, 45 minutes et 30 secondes, heure locale, nous passons l’équateur à 30°59.446 de longitude Ouest. A cela nous voyons que nous ne sommes pas au siècle dernier, laissant éteinte à jamais la fameuse angoisse spatiotemporelle tant décrite au temps où sextant, tables et montre avait tellement moins de précision mais encore tellement plus que du temps où la longitude, et bien, on ne savait pas la calculer.

Alors là, nous sortîmes les bulles fraîches et en fîment largement profiter la mer et le bateau, avec tous les remerciements d’usage. Et, surprise, les bulles furent délicieusement appréciées, cette production italienne un peu suspicieuse au départ étant à la hauteur de nos envies. Comme quoi, jamais médire avant de gouter, être toujours prêt à apprécier du différent, ce fut la dernière belle histoire de l’hémisphère sud.

Final : des truffes au chocolat et dégustation des bulles.

Depuis hier après midi, le vent souffle régulièrement, nous avançons grand train, plein nord. Hier soir, vu la grand ourse pointer le nord, mais la polaire se cache encore …

Le Sud

Toujours au sud. Le vent, les orages, le courant, aucune force ne nous pousse depuis hier à franchir cette limite. A deux reprises dans les dernières 24 heures, demi tour : route au sud. Comme pour ne pas penser à ce passage qui nous éloigne de notre voyage. Comme pour bien en prendre conscience. Même si la Thaïlande nous a poussé à 8°Nord, c’est bien vite que nous avons repris la route du sud.

A Jacaré, tous ceux qui étaient allés dans le Pacifique étaient unanimes : ne jamais le quitter !

Route vers l’équateur

Donc voilà, quelques milles nous séparent de cette ligne invisible mais bien réelle, celle où l’on tourne le plus vite, où tout s’inverse, où le ciel dévoile des astres et constellations dans l’autre sens, montrant qu’il n’y a ni haut ni bas immuables, où tous les temps se mêlent et se des accordent. Onde tropicale, déluges passagers, saute de vent, couleurs électriques, blanches, des nuages hallucinants, nous sommes un jouet de ces éléments jusqu’à ce qu’un souffle nous fasse reprendre notre chemin et passer cette ligne. Pinacolada fabriquée avec deux ananas et deux noix de coco et du bon rhum, quelques bulles achetées au Brésil en provenance d’Europe, du guacamole sur toast, ainsi sera notre dernier hommage à cette ligne, à la mer, à cette nature, à toutes ces forces nucléaires,
électromagnétiques, gravitationnelles dont nous sommes. Ainsi va la vie. Demain, le nord, une autre histoire, plus de terre que de mer. Équateur, juste là, bientôt. Snif !

par 00°10.64 S 031° 03.50 W

Claire et Yves.

J1 J2 J3

J1 165 milles en 24 heures
J2 140 milles en 24 heures
J3 083 milles en 24 heures

J1 rangements séchage
J2 slalom entre les grains
J3 calmes,vents tournants

J1 vu un gros bazard dans le bateau
J2 vu arc en ciel blanc entier à 3 heures du matin
J3 vu un gros thon sauter à côté de nous à deux reprises

J1 mangé les belles et bonnes crèmes de Josiane
J2 mangé beaucoup d’avocats
J3 mangé un grand jus d’ananas, fruits de la passion, carottes, betteraves, gingembre

Départ de Jacaré Brésil

Un départ précipité de Jacaré car le courant de marée est très fort là bas si on ne part pas à temps. Au revoir chaleureux mais même pas d’embrassades, la passerelle est déja levée, les amarres arrières enlevées, c’est le bazard sur le pont, je rentre ce que peux en vrac à l’intérieur, tout est mouillé … on verra après. Hésitations pourtant car les conditions météo sont les pires que nous ayons vu depuis notre arrivée. Il s’agit de l’étendu des calmes, le « Pot au noir », zone autrefois maudites pour les grands voiliers qui restaient des jours encalminés avec toutes les conséquences. Chez les anglais, ce sont les « horses latitudes » car ils jetaient les chevaux à la mer pour garder l’eau à boire pour les marins. Donc, fait original, nous partons sans cap précis car nous ne savons pas encore où nous allons en destination finale ni surtout où passer au mieux cette bande de calmes redoutée et qui va loin d’est en ouest. Nous avons pensé mouiller à Fernanho de Norohna et attendre l’évolution de la météo. Mais il faisait nuit, avec de forts grains…. Nous sommes dans le laisser faire, nous attachant à avoir l’allure la plus confortable pour le bateau et nous. Notre petite vie à deux s’organise fort bien. Nous préservons notre énergie en jouant plus sur le cap que sur les voiles, moins fatiguant… un grain ? on abat et voilà ! Nous avons tout le temps devant nous. Tous les caps nous vont, nous n’en avons aucun précis. Original !

Sédentarisés

Et nous voilà bien sédentarisés dans ce coin de Brésil un peu perdu au bord d’un petit fleuve dont l’eau monte et descend très fortement, laissant à marée basse des milliers de petits crabes sortir de leurs trous et faire de drôles de danses avec leur unique grosse pince, bien haute levée, comme des manifestants  le feraient très élégamment avec leur poing.

Notre maison est au bout du ponton jaune, voici un mois que nous sommes là, un peu « chez nous ».

Les devoirs administratifs divers nous ont retenus ici et nous retiennent encore.

Une vague de nouveaux bateaux est arrivée. Retrouvailles, découvertes, jours après jours, les relations grandissent, les échanges en tout genre fonctionnent bien, les oiseaux chantent toute la journée, les divers marchés sont parcourus, la vie est paisible, restent les moustiques à qui l’on donne à manger notre sang régénéré à l’eau de coco dont nous faisons grande consommation.

La question météo est très présente. Rémy nous initie au dernier cri :  Wheather 4 D, des cartes satellites téléchargeables instantanément (Ovitalmaps) , mais il nous manque un système pour en bénéficier au large. Pas grave on compense autrement, le but étant d’avoir la position et le déplacement des grands centres sur l’Atlantique nord.

Notre route se précise. Les Antilles sont abandonnées, ce sera l’Europe au plus court. Selon les vents, les Açores, Madeire, ou pourquoi pas Cadix si le vent nous y amène.

Ou alors, une île perdue avec des cocotiers, bananiers, papayers, manguiers …  citronniers et poissonniers. Bref, espérons que la pêche va reprendre ….

Le 1er mai, Kalomina à toutes et tous.

Jacaré.

Le 12 ème jour était un poisson d’avril

Jacaré, Brésil. Dimanche 23 avril.

En relisant cette petite new du 12 ème jour, je ne me rappelais plus bien le goût de ce Mahi Mahi. Et, oui, un fantasme de pêcheurs et un vrai poisson d’Avril !

Pas une seule prise entre Cape Town et le Brésil. Mais cela va changer, nous avons mis cela dans notre programme Brésil Europe.

Le départ se profile.

Demain matin, formalités de sortie du territoire ….

complément d’avitaillement bien commencé hier matin au petit marché de Bessa à 6h30 du matin

et en route pour ….  pour ….  l’océan Atlantique.

Pour rallier l’Europe, les vents font passer la route par les Açores. Donc soit en gros, 3300 milles pour un direct d’ici avec la saison qui est encore un peu tôt en rapport avec la situation des dépressions (les navigateurs habitués sur cette route disent de partir mi mai).

Mais la situation météorologique actuelle a peut être aussi des avantages …

En passant par la Martinique, un peu moins de 2000 milles avec le plaisir d’avoir un courant favorable pouvant aller jusqu’à DEUX nœuds. Faire la route avec Wunjo, retrouver Fleur de Sel et Ralph Rover, et repartir sur les Açores en retrouvant Williwaw. C’est la route des amis et surtout avec des distances de 1000 milles de moins d’un coup. Comme nous partons tous les deux, cela peut être intéressant ….

Bon, on va geeker la météo à partir d’aujourd’hui.

En attendant, nous nous préparons …

12ème jour

Et voici notre douzième jour de mer depuis Sainte Helena. Un Atlantique tranquille, souriant, avec des nuits comme on les rêves, à contempler la grande ourse à l’envers et sur l’horizon, Jupiter, notre galaxie avec une voie lactée si puissante quand la lune s’est couchée. Peut être demain la terre …. Et pour couronner nos efforts de 12 jours à mettre une ligne de traîne, puis deux, puis trois, changeant la couleur des appats, ce matin, enfin, il était temps un splendide mahi mahi de plus d’un mètre 20 de long.
Toujours un peu désolés de voir une telle merveille à nos pieds, finalement inerte, ayant perdu toute sa robe multicolore, mais bon, nous le remercions et bientôt le réfrigérateur se remplit. Demain dimanche,
le Brésil, une autre histoire …
Le bord par 7°11 S 33°06W.

Saint-Helena

Nous voici arrivés hier à 13 heures TU. Des abords hostiles, des falaises arides, vraiment pas très attirante l’île. Mais l’accueil maritime fonctionne bien. Comme annoncé par un long mail de Fleur de Sel, Radio Port Control contacté par VHF nous attribut rapidement la bouée N°12. Puis Ferry Services vient nous prendre pour nous amener à terre. Vu les conditions sportives de débarquement et l’impossibilité de laisser une annexe vu le fort ressac, c’est avec ce petit bateau que nous gagnons la terre avec l’impératif de rentrer à bord au dernier passage à 18 h !
Pas de pub, chacun chez soi puisque pas de passage d’un bateau à un autre comme le veut la tradition des mouillages. Cette île va sûrement nous surprendre, 4000 personnes sur un cailloux si loin de tout, sans aucune île à proximité sinon l’Ascension, les Faklands et ….. l’Angleterre.
Mercredi 15 mai 2017.